À Santarém, un fonds judiciaire du XIXᵉ siècle s’ouvre à la recherche et à l’Open Access
Conférence organisée le 18 novembre 2025
Le 15 novembre au matin, le bateau Iaraçu quittait Belém pour remonter le fleuve vers Santarém. À son bord, les derniers échanges de la COP30 encore dans l’air, les équipes de recherche regagnaient leurs bases. Parmi elles, Abdel Siffedine, représentant de l’IRD au Brésil, engagé sur le sommet climat à Belém les jours précédents.
Trois jours plus tard, à peine accosté à Santarém, Abdel Siffedine a pris la route de l’UFOPA, où se tenait le même jour l’événement de clôture du projet de numérisation des archives judiciaires du XIXᵉ siècle de la Cour de Justice d’Óbidos. Ce calendrier serré, presque improvisé, lui a permis d’être présent pour un moment académique qui prolongeait, à sa manière, l’esprit de la COP : protéger, transmettre et rendre accessibles les patrimoines et savoirs des territoires amazoniens.
Dans l’auditorium de l’université, Gefferson Ramos Rodrigues, professeur d’Histoire, et Émilie Stoll, anthropologue de l’UMR PALOC, ont présenté à la communauté scientifique les résultats de deux années de travail. Une équipe d’étudiant·es, formée localement, a numérisé près de 118 411 pages en très haute résolution, issues de 2 108 procédures judiciaires du Tribunal de Justice de l’État du Pará.
Ce fonds constitue aujourd’hui l’un des corpus les plus complets pour comprendre le quotidien d’Óbidos au XIXᵉ siècle. On y lit la vie dans ses détails les plus concrets : accès à la terre et transmission foncière, pratiques agricoles, conflits d’usage, formes d’organisation du travail, et réalités sociales, dont celles des personnes en situation d’esclavage. Ces procédures racontent aussi la manière dont les familles transformaient les paysages, nommaient les lieux, cultivaient ou exploitaient les ressources. Elles éclairent l’histoire sociale et environnementale d’une région-clé du Bas Amazon.
Ces archives seront progressivement mises en ligne en 2026 par la British Library dans le cadre du Endangered Archives Programme, consolidant leur préservation sur le long terme et leur accès ouvert à l’international.
Le projet se poursuit déjà sur les fonds du XXᵉ siècle, grâce au programme Modern Endangered Archives Program financé par la UCLA Library. Dès janvier 2026, un nouveau volet, cette fois consacré aux procédures criminelles, sera numérisé d’ici la fin de l’année, ajoutant une dimension essentielle : celle de la conflictualité, des récits judiciaires et des pratiques sociales face à la loi, dans un siècle marqué par d’autres formes de violences structurelles et d’inégalités.
L’histoire de cette transformation numérique des archives est aussi une histoire de coopération durable. Entre 2016 et 2018, l’IRD a réalisé une donation de scanners surplombants au Centre de Documentation historique du Bas Amazon, créé à l’UFOPA. Ce geste fondateur a permis d’initier la numérisation des collections judiciaires et de poser les bases d’une infrastructure locale solide. Depuis, le centre a gagné en compétences techniques, multiplié les partenariats et s’est imposé comme une référence méthodologique en Amazonie.